… Je n’oublie

Poème sans titre:  Extrait du recueil Anou:

… je n’oublie son corps porté tout comme juste en guise de sautoir, de pâte tiède, légèrement poisseuse aux doigts, à modeler à l’infini tout à la fois et coulé en un bronze acajou; dressé sur le grand lit défait, la laine lourde des tapis comme festin de proches fiançailles, mais pour l’instant encore de simples gosses.

Coeurs et corps confondus, à un point tel que l’une comme l’autre ne sachant plus très bien lequel, au juste, leur revient.

Ses yeux, fruits verts encore, acides; amandes, c’est selon, légèrement amères, veinés de bleu pastel comme aux passages de brumes désoeuvrées sur fond de cieux fraîchement délavés de juste après orage.

…Car tout n’allait de soi, chez elle. Occupée toute à sans cesse se reconstruire. Voire plus simple quête d’une remise à neuf?

Un corps parfois dont elle semblait ne trop savoir que faire, brusquement démunie de son mode d’emploi; mains égarées sur lui, le mien, à l’encontre de mes doutes à leur endroit, qu’elle prétendait, à voix haute, de tête, au timbre fêle, acide ici de flûte à bec, comme résolument siennes.

Et puis cette manière propre de dire les choses des plus banales jusque à de moins ordinaires, d’un seul souffle comme trait, sans ces ratures, annotations que l’on découvre partout dans la marge des autres, entre les lignes de nos cahiers d’élocution primaire; tout aussitôt, de rire, heureuse, soulagée d’avoir su, avec une telle tout comme naturelle aisance en franchir l’obstacle, le savoir désormais derrière; encore essoufflée toute, comme au jeu de marelle; ses dentelles troussées haut sur cuisses de gazelle ; à gorge rauque, et nattes en bataille;

…sa voix de nuage mouillé roulant sur l’horizon étiré tout au loin, invite à l’évasion; où les mots s’entremêlent et brassent, portés à proche ébullition ; jetées agates, billes mais sans même viser, souci de quelque adresse; évoquant cette ivresse effeuillée du songe peint à la main alors de teintes vives et fugaces, parfois; d’autres édulcorés au bain marie …

Un récit, je me souviens, qui doucement mais sûrement l’emporte sans ne chercher plus à lui résister, remonter à la brasse forcée le fil de son courant, fétu de paille rêche …

mué bientôt en vague, litanie trouble, incantatoire; le fugitif éclair si bref que peut-être rêvé d’une pointe de langue surgie de lèvres lourdes et fruitées moulées autours des noms, prénoms de tous nos dieux intimes, leur adresse parfois; sans ne se soucier plus vain de mes yeux crucifiés, oreilles qui buvaient ce qui ne pouvait être qu’oracles, pain béni.

: – Eteinds la lampe qui les gêne!

…Et surgirait alors un air, mais attention, non n’emporte lequel!

Un papillon, conséquemment nocturne, toutefois le lit-on, y a brûlé ses ailes; plus que brises, chardons, jusque esquisse d’envol, ensablé aux mouvances, las, de ses propres cendres;

: – …la lampe qui les gêne, mais oui, te le disais-je;

un air qui se pourrait, qui sait, de mi décembre; envols, nous dit-on, alors de quelque neige égrainant sans façon, mais tout comme à regrets bêtement ses flocons?…

Ames de papillons se riant des nuées; plus que chus, comme encore, jetés à leurs assauts?

Un air, …écoute! Que l’on éponge à pleins seaux et panosse; …ou ne serait ce que les pleurs d’un enfant, aux tréfonds, embusqué, le sens-tu, au secret de ton antre?

: – Etreinds la lampe qui les gêne!

Mais air de ne point par trop directement entendre… s’en donnant les allures; si ce n’est, désormais, juste écho de silence.

lampe à pétrole

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